Les artistes sont «gâtés» : une indicible erreur
[Un texte de Jean-Philippe Joubert, Directeur artistique de la compagnie de création Nuages en pantalon]
Lettre à la candidate conservatrice, Myriam Taschereau
Je viens de prendre connaissance de vos déclarations, à la faveur desquelles vous affirmez que les artistes «sont gâtés des deux côtés» (Le Soleil du 17 septembre, Les artistes poussés vers Québec) et que le gouvernement québécois n’avait qu’à compenser les coupes (irresponsables, illogiques et irrationnelles, ça c’est moi qui l’ajoute) faites par le gouvernement conservateur.
Je ne pensais pas me mêler trop de cette campagne électorale, mais vous me forcez à sauter à pieds joints pour m’assurer que vous ne soyez jamais élue. Ce serait trop grave de donner la responsabilité à des esprits aussi obtus comme le vôtre.
Réglons d’abord l’idée que les artistes «sont gâtés». Je vous invite à venir visiter les bureaux de notre compagnie de création théâtrale, ils ne sont pas très loin des vôtres, au 336, rue du Roi (bureau 120), à Québec. Vous y découvrirez que dans ce que j’appelle notre garde-robe, tellement l’espace est exigu, il y a trois personnes qui travaillent (à mi-temps ou bénévolement, ça dépend, on n’a pas les moyens de faire mieux).
Ces personnes voient à diffuser nos spectacles au Québec et en France, à animer des ateliers de sensibilisation en classe, à préparer les prochaines productions. Non, ils ne sont pas gâtés, ça non!
Attaquons ensuite votre «des deux côtés». L’idée selon laquelle nous profiterions de double montant est strictement fausse. Nous ne faisons pas de double financement; le contrôle de nos revenus et de nos dépenses par les différentes instances subventionnaires est beaucoup trop serré pour faire une telle chose. Nous faisons des montages financiers qui demandent une diversification des sources de revenus publics, oui, et autonomes, toujours.
Aucun ministère ou conseil des arts, y compris Patrimoine canadien ou le ministère des Affaires étrangères, ne finance des projets à 100 %. Aucun. La complémentarité des sources de financement est toujours la bienvenue. C’est pourquoi nous cognons à la porte des instances fédérales, provinciales et municipales pour réaliser nos projets en plus de solliciter le public, les fondations privées et les commanditaires.
Enfin, pourquoi le gouvernement fédéral doit-il continuer d’être actif dans le financement culturel et qui plus est dans le développement du marché international? Parce qu’il serait impensable pour un pays de laisser à ces provinces seules la charge de faire rayonner leur culture partout dans le monde. Ce serait un non-sens. Ce n’est pas de gaieté de coeur que j’écris cela. Je préférerais que le Québec soit seul maître d’oeuvre si vous transfériez réellement les fonds coupés récemment.
Il est tellement plus facile de traiter avec les organismes québécois qui me semblent faire preuve d’une plus grande vision sur la place de la culture québécoise à l’étranger. Mais je ne m’y résous pas. Tant que le Québec sera au sein du Canada, il sera normal que le Canada mette tout en oeuvre pour promouvoir sa culture coast to coast partout dans le monde. Aux provinces ensuite de mettre en valeur leurs particularités. Il y a tant d’autres pays qui ont compris que la diplomatie culturelle servait les intérêts du pays. Que les artistes sont de formidables ambassadeurs, qu’ils réussissent à développer un capital de sympathie dans le pays visité et qu’ils nouent des liens durables entre les nations.
J’oubliais de vous dire, si vous passez nous voir au bureau, je n’y serai pas. Je travaille. Comme tous les artistes. Je travaille. Je vous écris de Paris, d’où je partirai dans quelques jours pour Lyon pour représenter le Québec dans un événement international en préparation au Sommet de la Francophonie. J’y rencontrerai là -bas des artistes de 16 pays européens. La semaine suivante, nous accueillerons des artistes de 21 pays différents d’Europe, d’Asie et d’Afrique. Comme vous ne souhaitez plus que le Canada soit représenté à ces événements internationaux, soyez assuré que je représenterai fièrement l’État du Québec à Lyon et que j’accueillerai, ensuite, ces artistes de partout dans le monde au nom du gouvernement québécois. En attendant que vous réalisiez l’indicible erreur que le gouvernement conservateur a commise.
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Tags: Jean-Philippe Joubert, Ministère des Affaires étrangères, Myriam Taschereau, Nuages en pantalon, Patrimoine canadien


20 septembre 2008 à 2:02
Si l’argent fait de nous tous des lâches alors notre courage est inversement proportionnel à notre désir de le posséder. Les artistes sacrifient ce que d’autres n’oseraient jamais, pour voir vivre un rêve qui révèle la véritable humanité qui sommeille en la majorité. Le courage des artistes se cache derrière la prestation de leur art et ceux qui croient que cette mise en scène pour communiquer le rêve humain est facile à accomplir, je les inviterais à consacrer leur vie comme le font les artistes de métier à réaliser cette oeuvre collective qui dépasse de loin tous les budgets des fonctionnaires et des politiciens mis ensemble. Les artistes sont gâtés? Jamais ils et elles ne l’ont été par les pouvoirs établis dans aucune époque connue! On prend plutôt la culture pour acquise puisqu’elle semble se produire spontanément. Les pontifes du pouvoir vivent dans un autre paradigme où les valeurs artistiques n’ont pas de place, c’est la raison pour laquelle la politique est faite de laideurs et de corruption cachée. L’art est un mensonge qui dit la vérité, la politique, elle, est un véritable mensonge.
23 septembre 2008 à 8:09
Bonjour,
La philosophie derrière la décision de M. Harper est de décider si le contenu des arts est acceptable! Cela est inacceptable! Cela nous enlève toute liberté de créativité. De plus, nous devons prendre conscience ensemble que nous avons tous le droit de choisir comment nourrir notre famille selon nos talents…même un plombier est créatif… la différence est que l’artiste a plus d’un emploi et moins de bénéfices sociaux! En temps normal et difficile, les artistes ont des revenus bien en bas de la classe moyenne et nous devons questionner la logique des milliards de dollars donnés aux compagnies pétrolières qui respirent très bien en plus de profiter des prix à la pompe! Notre culture appartient et contribue à 30 millions de canadiens et une personne ne peut se pomper et parler au nom des 30 millions en coupant de cette façon! C’est un grand manque de respect, de jugement, de maturité, de vision et de compétence économique! Nous ne pouvons pas nous permettre de voir le Canada et le Québec reculer et mis au mur à ce point-là !
23 septembre 2008 à 10:21
Arrêter de vous plaindre et trouvez-vous une vraie job… vous allez comprendre c’est quoi payer trop d’impôt.